Entrer en contact avec les travailleurs étrangers temporaires : la clé du succès

Rejoindre les travailleurs étrangers temporaires, surtout dans le domaine agricole, peut constituer tout un défi. Des organismes qui interviennent auprès d’eux rivalisent d’ingéniosité pour réussir à établir le contact avec eux, dans le but de leur offrir l’accompagnement dont ils ont besoin.

Nous vous présentons les projets de trois organismes qui ont réussi à créer des liens avec les travailleurs étrangers temporaires. Tous les projets ont été financés par le gouvernement du Canada par le biais du Programme des travailleurs étrangers temporaires et coordonnés par Immigrant Québec. Les projets ont été déployés en deux phases, dont la dernière se terminera le 15 décembre 2021.

En début de projet, le Centre d’intégration en emploi (CIE) Laurentides a envoyé un courriel à une cinquantaine de propriétaires de fermes, dans le but de créer un premier pont avec eux et les informer de l’existence du Centre d’aide trilingue mis en place par l’organisme pour accompagner les travailleurs étrangers temporaires pendant la pandémie.
Toutefois, devant le peu de demandes générées par cet envoi, l’équipe a décidé de changer de stratégie, en se rendant directement dans les fermes — en général sans rendez-vous. Plusieurs fois pendant l’été, les intervenants se sont aussi installés dans les stationnements d’une quinzaine d’épiceries fréquentées par les travailleurs étrangers temporaires pour aller à leur rencontre. Grâce à l’UPA, l’organisme avait aussi quelques ballons de soccer à distribuer, ce qui a facilité ce premier contact.
L’équipe s’est aussi rendue dès 5 h 30 du matin pour installer son kiosque au marché aux puces de Saint-Eustache, lieu très fréquenté par les travailleurs étrangers temporaires. Deux personnes du CIE Laurentides étaient sur place pour répondre aux questions, distribuer une brochure présentant les services assurés par l’organisme et échanger des coordonnées avec ces derniers. Ils ont ensuite communiqué avec eux pour répondre à leurs différentes demandes.
L’équipe est même allée jusqu’à former des superviseurs directement dans certains établissements agricoles pour leur apprendre quelques phrases clés en espagnol. Ils leur ont aussi montré comment utiliser un logiciel de traduction automatique. Dans un autre cas, un superviseur a contacté l’organisme pour l’aider à traduire la documentation entourant la sécurité des équipements agricoles.
C’est ainsi que le Centre d’aide a rejoint près de 400 travailleurs étrangers temporaires en dix semaines seulement (entre le 21 avril 2021 et le 30 juin 2021). Dans une deuxième phase, l’organisme prévoit d’accompagner au moins 150 personnes supplémentaires, et ce, d’ici le 15 décembre 2021.

Un partenaire qui ouvre des portes

Les Services de main-d’œuvre l’Appui ont, quant à eux, commencé par établir un partenariat avec une ferme dès le début du projet. Cela a permis de mettre en confiance les autres propriétaires d’établissements agricoles, qui se sont montrés « plus attentifs et plus engagés », note l’organisme. Une porte d’entrée intéressante pour l’équipe qui a fait la tournée d’une trentaine d’établissements agricoles concentrée surtout sur l’île d’Orléans entre la mi-mai 2021 et le 30 juin 2021. L’organisme a ainsi pu sensibiliser quelque 200 travailleurs pendant cette période.
Pour ratisser encore plus large, une équipe des Services de main-d’œuvre l’Appui s’est aussi rendue dans un Maxi très populaires auprès de ces ouvriers venus d’ailleurs, ce qui a permis à l’organisme de partager avec eux le guide qu’ils avaient préparé, et de créer ainsi un lien de confiance. Ce contact en dehors des lieux de travail a aussi permis à l’équipe de s’informer sur leurs besoins ponctuels.
Un soutien direct qui se poursuivra jusqu’à la mi-décembre 2021, alors que les Services de main-d’œuvre l’Appui prévoient de rejoindre 260 travailleurs étrangers temporaires supplémentaires entre le 1er juillet 2021 et le 15 décembre 2021, outre la distribution de dépliants. Ce faisant, ils prévoient ratisser un plus large territoire et les aider à comprendre et exercer leurs droits, à avoir accès au système de santé et à bien gérer leur quotidien. Distribution de dépliants et banque d’heures pour des conseils juridiques et des services de traduction s’ajoutent à l’offre.

Sur tous les terrains

En plus de se rendre dans différentes entreprises agricoles des MRC de Portneuf et de La Jacques-Cartier, l’organisme Accès Travail Portneuf a mis en place différentes actions pour se faire connaître des travailleurs étrangers temporaires. Événements BBQ, matchs de soccer les mercredis soir, visite du Vieux-Québec ou du village autochtone de Wendake : plusieurs activités sont à l’horaire.

Mais c’est surtout en offrant un service d’interprétation et d’accompagnement dans les cliniques de vaccination que l’organisme a pu asseoir sa réputation. De même, chaque rencontre donnait lieu à échange de coordonnées, ce qui permettait aux travailleurs étrangers temporaires de joindre les intervenants, par exemple via Messenger, WhatsApp, courriel.

Les médias sociaux sont d’ailleurs devenus un véritable canal de diffusion pour Accès Travail Portneuf. Leur page professionnelle Facebook, ainsi que leur groupe de discussion, ont permis de réunir plus de 200 personnes. L’organisme a utilisé ce canal pour expliquer comment obtenir sa preuve vaccinale ou encore pour lancer un contenu en direct sur la façon de se procurer des vêtements d’hiver. La page présente aussi les mesures sanitaires en vigueur en plus de permettre à l’organisme de tenir informer les travailleurs étrangers temporaires des différentes activités prévues à l’horaire. 

Pour accroître l’autonomie des travailleurs, l’organisme a aussi dirigé ces derniers vers les formations en francisation disponibles — une démarche particulièrement appréciée. Toutefois, plusieurs ont souligné que les heures de cours n’étaient pas très adaptées à leur horaire de travail. De même, l’organisme a pu constater sur le terrain que le travail dans certains établissements, notamment sur les fermes laitières, semblait  difficile, avec des horaires  contraignants et des conditions parfois difficiles. De même, certaines fermes n’avaient pas de moyens de transport à la disposition des travailleurs étrangers temporaires, les rendant complètement dépendants de leur employeur pour leurs déplacements.

Même s’il reste du travail à faire, les efforts d’Accès Travail Portneuf ont été appréciés et la présence de l’organisme a permis de sensibiliser employeurs et population locale à la réalité des travailleurs étrangers temporaires, tout en améliorant les relations entre travailleurs et producteurs agricoles, constate l’organisme. « Les relations étant meilleures, cela favorise un climat de travail plus sain. Il s’en suit une meilleure productivité des travailleurs étrangers temporaires et les répercussions se font sentir dans l’environnement immédiat. » Au total, l’organisme estime pouvoir toucher plus de 500 travailleurs étrangers temporaires à travers ses différents services d’ici le 15 décembre 2021.