Travailleurs étrangers temporaires : Quand l’autonomie passe par la formation

Comment fonctionne le système de santé au Québec ? Comment faire un transfert de fonds vers l’international ? Quelles sont les sources à explorer pour comprendre les mesures sanitaires ? Quand un travailleur débarque dans un autre pays, surtout pour un contrat de courte durée, il perd ses repères. Pour diminuer cette vulnérabilité, plusieurs organismes ont mis sur pied des formations très pratiques qui leur sont destinées. Ces activités font partie d’un projet coordonné par Immigrant Québec et financé par le gouvernement du Canada par le biais du Programme des travailleurs étrangers temporaires.

En plus d’offrir de l’accompagnement juridique personnalisé aux travailleurs étrangers temporaires, le Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail (SOIT) a mis sur pied depuis le mois de mai 2021 une série d’ateliers pratiques pour ces nouveaux arrivants. Pour ce faire, l’équipe s’est d’abord rendue sur le terrain et a pu rencontrer les travailleurs étrangers temporaires directement sur les fermes. En plus de se terminer par une dégustation de hot-dogs, « notre tortilla québécoise », ces activités ont permis à l’équipe sur le terrain de discuter avec les travailleurs pour comprendre leurs préoccupations et leur offrir ensuite l’information dont ils avaient besoin.

Le SOIT s’est ainsi associé à plusieurs partenaires, comme le consulat du Mexique, qui a pu prendre contact directement avec ses ressortissants et répondre à leurs questions sur différents aspects de leur séjour en sol québécois. Une association qui a aussi facilité l’accès aux entreprises agricoles. De même, les formateurs se sont alliés avec Desjardins pour expliquer en détail les rouages du système bancaire. Les participants ont pu apprendre, par exemple, comment accéder à ses comptes par cellulaire, payer une facture ou faire un transfert. Le tout en espagnol.

D’autres séances d’informations ont également été mises à l’horaire, ensuite rediffusées sur internet, mettant de l’avant des organisations comme la compagnie d’assurance Cowan ou le bureau juridique du Québec. Le SOIT a aussi présenté des ateliers sur ses services ainsi que sur les codes culturels au Québec.

Autant d’activités qui ont plu aux travailleurs étrangers temporaires. Ces derniers ont témoigné que « c’était la première fois qu’un organisme s’intéressait à leurs problèmes », prenant la peine de les rencontrer et les écouter, note le SOIT. « L’ensemble des travailleurs a parlé d’un mieux-être après notre passage, les travailleurs se sont sentis considérés, pour la première fois depuis des années qu’ils viennent au Québec », ajoute l’organisme.

Entre mai et décembre, le SOIT prévoyait ainsi de rejoindre plus de 600 travailleurs. Un nombre qui pourrait encore augmenter d’ici la fin du projet, prévue à la mi-décembre 2021.

Bien connaître les règles en temps de pandémie

Autre organisme qui a mis la formation en première ligne de ses interventions, le Centre patronal de Santé et sécurité (CPSST) qui a orienté ses actions pour aider les travailleurs à réduire les risques de transmission du coronavirus en contexte de travail. En plus d’avoir préparé une pochette présentant les différentes mesures de prévention, le centre a aussi conçu une formation de 60 minutes sur le sujet. À cela s’ajoutent sept capsules vidéo tournées en espagnol et destinées aux travailleurs étrangers temporaires, qui seront diffusées directement à partir du site de l’organisation.

Le CPSST a aussi préparé une trousse de prévention destinée aux travailleurs étrangers temporaires contenant différents articles essentiels dans le contexte, comme une bouteille de gel désinfectant et un masque de procédure. Des affiches — en français et en espagnol — présentant aussi les différentes mesures sanitaires en vigueur ont également été distribuées aux employeurs.

Depuis mai dernier, le Centre patronal SST a pu rejoindre plus d’une centaine de participants, et poursuit ses démarches pour informer encore davantage de travailleurs étrangers temporaires. D’ici le 15 décembre 2021, l’organisme prévoit ainsi d’organiser 25 séances d’information, que ce soit en présentiel ou virtuel, qui permettront de rejoindre 500 personnes provenant d’une dizaine de régions.

Comprendre le système de santé

Toujours au sujet de la santé, l’organisme Intégration Compétences a quant à lui proposé une formation sur le système de santé aux travailleurs étrangers temporaires qui œuvrent dans les installations agricoles. Pour rejoindre le plus de participants possible, l’équipe d’intervention a mis sur pied une formule hybride, soit en mode présentiel et virtuel, en plus d’organiser des pique-niques dans les fermes.

Ce faisant, l’équipe a conçu un guide et cinq types de formation adaptés à la réalité de ces travailleurs étrangers agricoles temporaires. Différents sujets comme les ressources locales, l’intégration sociale des travailleurs temporaires agricoles et le système de santé au Québec en période de pandémie y sont abordés.

Intégration Compétences a aussi préparé un bottin présentant les services et les ressources disponibles pour bien s’intégrer à la société québécoise. Proposé sous forme de fiches, le document pratique propose entre autres des informations sur les transports, les banques ou les épiceries de la région. Actuellement, 200 guides en espagnol ont été remis à ces travailleurs étrangers temporaires de la Montérégie et plus de 300 personnes ont été rejointes à travers les différentes formations. L’organisme poursuit aussi ses activités de sensibilisation.

La bonne information

Si l’organisme Au bord des mots a présenté des ateliers sur la COVID-19 et ses effets, plusieurs autres sujets ont aussi été abordés depuis le mois de mai 2021 par l’équipe de l’organisme situé dans Lanaudière. En effet, si l’organisme se spécialise dans les cours de francisation, l’équipe a réalisé qu’il y avait un manque à gagner pour que les travailleurs étrangers temporaires soient au courant de leurs droits, de leurs devoirs, mais aussi de la réalité culturelle du Québec.

Ainsi, des ateliers informatiques ont été mis en place directement dans plusieurs fermes pour aider les travailleurs étrangers temporaires à s’y retrouver dans les informations disponibles en ligne. Les participants ont pu être initiés aux différentes ressources disponibles sur le web et naviguer sur le site de Santé Canada, en plus d’avoir un aperçu des différents outils de traduction existants. Une conférence sur les relations entre les autorités policières et les travailleurs étrangers temporaires était aussi à l’horaire.

Deux journées de pêche ont aussi été organisées pour favoriser les liens entre les travailleurs étrangers temporaires, mais aussi pour les initier à cette pratique typiquement québécoise.

Entre mai 2021 et septembre 2021, l’organisme aura réussi à toucher quelque 200 personnes par ses différentes interventions. Un nombre qui pourrait grimper, alors qu’Au bord des mots poursuivra ses activités destinées aux travailleurs étrangers temporaires jusqu’au 15 décembre 2021.